04 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Le Lodjong Gyatrul Rinpoché

Enseignement publié par la revue Tendrel :

http://www.dhagpo-kagyu-ling.org/fr/index.php/multimedia/revue-tendrel/381-le-lodjong

 

Aucun être ne souhaite rencontrer la souffrance, néanmoins, cette souffrance est là, elle va être expérimentée. Pour éviter de tomber dans la souffrance nous allons essayer de nous en protéger en ayant suffisamment de biens et d’argent, en ayant suffisamment de nourriture, une bonne réputation. Nous allons faire beaucoup d’efforts dans ce sens. Pour cela, nous allons devoir nous battre et dépenser beaucoup d’énergie pour atteindre ce but. Et pendant ce temps, nous souffrons.
Auparavant, lorsque la technologie n’était pas développée, lorsqu’il y avait moins de facilités matérielles, plus de difficultés sur tous les plans, les gens avaient plus de chances de réaliser la souffrance et de pratiquer le dharma.
Beaucoup de personnes essayaient de réduire leur souffrance en améliorant l’aspect matériel de leur vie. Les chanceux ont découvert que ce n’était pas la solution à leurs problèmes. Ainsi, ils revenaient à la pratique spirituelle.
La raison pour laquelle les gens continuent de souffrir, d’être dans la confusion, de se sentir irrités par ce qui leur est extérieur, et malgré leur bien-être matériel, est liée à l’esprit, à la façon dont ils perçoivent le monde.
C’est pourquoi il y a une nécessité de donner des enseignements sur l’esprit et sur la façon de l’entraîner dans la perception qu’il a des obstacles, du monde et des choses indésirables. Afin de répondre à ceci, le Bouddha Shakyamouni a donné un grand nombre d’enseignements sur l’esprit des êtres humains et sur la perception. Les maîtres de la lignée Kadampa mettent particulièrement l’accent sur l’enseignement du lodjong, sur l’entraînement de l’esprit.

Avant de commencer le lodjong, je tiens tout d’abord à vous parler d’un certain nombre de points, de leur historique, de leurs conséquences et des solutions.

L’origine de la souffrance

L’origine des difficultés que sont la souffrance dans le monde, la frustration et le malheur, vient de trop d’attention portée à soi-même. Les êtres humains, en général, veulent tout pour eux-mêmes. Et en même temps, ils ressentent de l’insatisfaction, ce qui fait que la souffrance est sans fin. C’est ce qu’on appelle dans les soutras « l’ego », l’attachement à soi. A cause de cela, nous avons trop d’attention portée sur nous-mêmes et trop d’insatisfactions. Un autre facteur vient du fait que nous ne faisons pas attention aux sentiments des autres. Nous les ignorons, nous ne les respectons pas, nous ne voulons pas y penser et cela alimente la souffrance. Parce que nos sentiments se reflétent sur les autres, il va y avoir en permanence jeux de miroir, de reflets. Nous allons voir en permanence dans l’autre le fait que nous sommes différents, et si nous ne respectons pas ce qu’il ressent, il va nous renvoyer à son tour son non-respect, et ainsi nous nous renvoyons la balle en permanence. C’est ainsi que la souffrance se perpétue dans un cercle infernal.

L’impatience est un autre point. Même si nous avons un certain niveau de compréhension des enseignements, que nous voulons pratiquer la patience, si nous sommes intéressés par le fait de surmonter la souffrance, et si nous sommes prêts à faire ce qu’il faut pour cela, mais que nous ne sommes pas assez forts pour être patients et persévérer, nous perdrons une occasion d’avancer. Nous essayons quelques jours, puis laissons tomber parce que les résultats n’arrivent pas immédiatement.
Les quatre éléments que sont: trop d’intérêts tournés vers soi-même, l’insatisfaction, le non-respect des autres et l’impatience, génèrent des problèmes. Le résultat de tout cela c’est que nous allons souffrir car nous croyons qu’il nous faut gagner des biens, et dès lors la souffrance apparaît. En effet, dès que nous possédons des biens, nous voulons les protéger, les mettre en sécurité, car nous pensons que sans cela ils vont diminuer ou être volés.
Bien sûr les effets, les conséquences de ce qu’on va vivre dépendent de ce qui a généré l’événement. Si par exemple il s’agit du désir, tout ce dont je viens de parler va venir à la surface. Si c’est relié au non-respect, à l’impatience, nous expérimenterons des conséquences telles que des disputes, des malaises, de la frustration, des bagarres, de la haine, ce genre de souffrance. La colère, mais surtout la haine va entraîner des résultats très négatifs. Car les gens se sentent mal à l’aise, indésirables, ils auront des symptômes physiques. Si nous sommes haineux nous perdrons le sommeil et l’appétit, et toute saveur.

Bien sûr les cinq poisons sont néfastes pour notre pratique spirituelle. Mais la colère est le pire car elle voile totalement notre sagesse. Le raisonnement et le bon sens vont disparaître sous l’effet de la colère, nous prendrons de mauvaises décisions et nous dirons ce qu’il ne faut pas dire. Nous perdrons nos amis, nos relations, le bonheur et la réussite.
C’est pourquoi la plupart de nos souffrances viennent de nos émotions, en particulier de la colère. Tout ceci vient bien sûr de l’ego.

le lodjong : le chemin de la libération

Parlons maintenant de la solution à tout ceci. En résumé il s’agit de comprendre la souffrance des autres, ainsi que leurs sentiments. Il s’agit d’éviter, au mieux que nous le pouvons, ces sentiments négatifs en utilisant les moyens habiles. Le lodjong est une pratique très profonde et très aidante tout particulièrement en ces temps dégénérés. Donc, le mieux est de pratiquer avec l’aide de cette pratique. Il y a tant d’obstacles, tant de choses auxquelles nous devons faire face qu’il est fort difficile d’éviter tout ceci. L’idée est qu’au lieu de contourner ce que nous rencontrons, nous essayons de le prendre et de l’amener à la pratique. L’utiliser comme outil plutôt que de l’éviter, c’est cela le lodjong.
Il est très aidant de réduire notre ego, notre attachement, notre jalousie, et tout ce qui peut être négatif vis-à-vis des autres. Pour l’instant nous sommes avides et voulons ce que les autres possèdent, mais quand nous pratiquons l’échange nous renversons tout le système. Notre émotion va diminuer dans notre esprit.

Dans la pratique du lodjong l’essentiel de l’attention est porté sur l’importance des autres. En comprenant leur importance et leur bonté, il devient possible de générer de la compassion à leur égard. Avec la compassion il est facile de générer la bodhicitta authentique. Avec la bodhicitta, qui est le seul moyen d’atteindre l’éveil, nous atteindrons la vérité.
Si nous considérons avec compassion, l’importance accordée aux autres, nous ne serons plus qu’un parmi d’autres. Nous ne serons plus le centre du monde face aux autres, mais nous serons un être parmi des milliards d’autres êtres vivants. Cela signifie que notre ego sera réduit, que notre orgueil va diminuer et que cela nous mènera vers une compréhension de l’absence de soi. C’est pourquoi, même dans ce texte racine du lodjong, qu i n’est pas très long, i I est question de deux points essentiels dans l’enseignement du bouddha: la compassion et la sagesse. L’accent est d’abord mis sur la compassion et sur la bodhicitta relative, et indirectement sur la bodhicitta ultime, la sagesse.

Il y a de nombreuses façons d’enseigner le dharma mais elles ont toutes en commun le fait d’entraîner notre esprit à voir les qualités chez les autres et d’ignorer leurs faiblesses. Grâce à cela nous pouvons atteindre le bonheur. Il y a sept points à connaître pour pratiquer le lodjong.

I – Les préliminaires
La précieuse existence humaine

Il s’agit de réfléchir à la précieuse existence humaine. Combien il est difficile de l’obtenir. Avoir une précieuse existence humaine, suppose avoir toutes les qualités et les facilités pour pratiquer le dharma. C’est-à-dire être naît dans une famille où il n’y a pas d’obstacles pour pratiquer le dharma. Rencontrer les enseignants du dharma, avoir la chance de le pratiquer, ce qui suppose avoir du temps, ne pas avoir besoin de travailler pour se nourrir, pour se loger. Cela suppose aussi avoir un état mental normal, ne pas être dément. Ainsi la vie humaine devient précieuse.
Il nous faut réfléchir au fait que les êtres doivent avoir accumulé du mérite, avoir préservé des voeux pour obtenir une précieuse existence humaine. Il nous faut aussi prendre conscience que le fait d’être humain est minime par rapport au nombre d’autres formes de vie qui existent. Si nous prenons le règne animal et que nous le comparons avec le nombre d’humains nous voyons que la différence est énorme. A l’intérieur du règne animal, si nous comparons le nombre de fourmis vivantes avec le nombre d’humains, c’est incomparable ! Nous devons prendre conscience de ces deux éléments: il est difficile d’avoir une précieuse existence humaine, le nombre d’humains est minime par rapport à d’autres formes d’existences. Ensuite nous devons réfléchir au fait que si nous avons la chance d’appartenir à cette existence humaine si peu répandue, nous devons profiter de cette chance en pratiquant le dharma. Voilà comment méditer sur la précieuse existence humaine.

L’impermanence et la mort

Même si nous réalisons que nous avons une précieuse existence humaine, parfois nous repoussons la pratique à plus tard, après la retraite, à l’an prochain. Pour purifier ce genre de voiles, d’erreurs, nous avons besoin de la deuxième pratique des préliminaires: réfléchir sur l’impermanence et la mort. Qui peut nous assurer que nous ne mourrons pas dans les jours qui viennent ou dans le mois qui va suivre ? Personne. Si vous réfléchissez objectivement, vous vous rendrez compte que personne ne peut rien garantir. Tout simplement parce qu’il y a de nombreuses causes possibles à la mort. Il n’y a pas que la maladie du corps qui provoque la mort, car s’il n’y avait que cette cause-là, les médecins pourraient nous rassurer. Mais il y a bien d’autres causes à la mort: les accidents par exemple. Et donc personne ne peut nous garantir que nous ne mourrons pas dans les vingt-quatre heures à venir.

Nagarjuna dit que la différence entre la vie et la mort c’est un souffle. Si vous inspirez mais que vous n’expirez pas, vous mourrez, de même si vous expirez et ne pouvez plus inspirer. La différence est subtile.

Notre mort n’adviendra pas forcément après une longue maladie, sa cause peut être multiple. Nous savons tous que nous allons mourir, mais nous ne savons pas quand. C’est le point principal de cette seconde pratique, le fait de savoir que la vie comporte une certaine insécurité et qu’à chaque seconde nous pouvons mourir. C’est pourquoi nous devons commencer à pratiquer dès maintenant, ne pas attendre la retraite pour le faire ou des années, mais commencer dans le présent. Parfois, même si nous savons que la vie est précieuse, qu’elle est difficile à obtenir, et qu’elle peut disparaître à tout instant, nous avons tendance à l’oublier.
Le Karma

C’est pourquoi la troisième pratique est utile: nous rappeler des souffrances du samsara, de chaque règne, pour les animaux comme pour les humains. Il est important de réfléchir au pourquoi de cette souffrance et au karma. Dans le texte d’origine on ne parle que de la précieuse vie humaine, de l’impermanence et des inconvénients de vivre dans le règne humain. Quand nous voyons la souffrance des êtres humains nous pensons aux causes et aux effets, au karma. Habituellement nous pensons que le karma ne fonctionne que pour le passé. Que ce qui a été fait dans le passé a un effet sur notre présent. Qu’il y a comme cela un écart entre présent, passé et futur. En fait, ça ne marche pas seulement comme cela, ce processus fonctionne aussi à l’intérieur d’une ou de plusieurs vies. Il y a de nombreux karmas: ceux qui amènent des résultats dans la vie présente, ceux qui amènent des résultats dans la vie suivante ou des effets sur des vies à venir bien plus lointaines. Peu importe le karma, tous les karmas s’accroissent au fil du temps. C’est simple et logique. Même les choses physiques nous montrent cela; si l’on plante une graine dans le sol, au départ elle est petite, mais après quelque temps elle grandit, et au moment de récolter les fruits, ils sont nombreux et sont bien plus gros que la graine de départ. Il en va de même pour le karma, au départ, même pour une petite action nous pouvons obtenir de grands résultats, bons ou négatifs, c’est là une spécificité du karma.

Une autre des qualités du karma est sa précision. Il apportera infailliblement un résultat à la personne qui a crée la cause. C’est quelque chose de terriblement précis. Parfois certains expérimentent un karma à la fois positif et négatif en même temps. Le karma détermine le type de naissance que nous aurons. Un chien, dans une bonne famille qui aime les animaux, a certes des souffrances dues à son état, mais en comparaison avec d’autres animaux, il a une bonne vie. C’est un exemple d’un karma où il y a à la fois du négatif : naître dans le règne animal, et en même temps du positif: le type de famille dans laquelle il se retrouve. Nous voyons comment le karma est très précis.

Une pratique qui marche bien dans ce domaine permet de nous amener à nous sentir grandement responsable de tous les êtres vivants. Comme nous avons l’opportunité de pratiquer le dharma, de le connaître, et que les autres souffrent sans savoir pourquoi, étant donné que nous avons une connexion avec tous les êtres vivants, puisqu’ils ont été un jour nos parents, nous allons nous sentir responsables, et être attentifs au bien-être des autres. Cela signifie que notre méditation est correcte.
Cette façon de pratiquer les préliminaires peut nous mener directement à la pratique de la bodhicitta. Si vous pouvez vous sentir responsables de tous les êtres, vous générerez de la compassion. Et avec la compassion il est facile de générer l’esprit d’éveil, la bodhicitta. Voici donc comment on passe du premier chapitre des pratiques préliminaires au second chapitre de la pratique sur la bodhicitta.
Il- La bodhicitta relative et la bodhicitta ultime

Cette pratique doit être reliée à notre pratique des préliminaires. Il est indispensable d’avoir un fort sentiment de compassion en pensant que nous nous devons d’aider les autres, et à partir de là il est aisé de générer l’esprit d’éveil, la bodhicitta. Il y a la bodhicitta relative et la bodhicitta ultime.

La bodhicitta ultime

Quand vous pratiquez la bodhicitta ultime vous devez vous préparer en prenant refuge, en chantant le texte de la prise de refuge, en générant la prière de bodhicitta, vous priez vos maîtres et la lignée. Pour accumuler du mérite il est bon de dire une prière à sept branches, en méditant sur chaque branche. Après quoi, il faut garder le dos droit et pratiquer chiné, en comptant vos respirations, pendant vingt et une fois.
Il est important de faire cette pratique de respiration car elle vous ouvrira à la méditation suivante. De la même façon lorsque nous faisons des exercices physiques, il faut s’échauffer. Cette pratique installera une bonne base pour notre méditation. Elle comprend deux parties: la partie analytique et la partie qui stabilise ce qui a été aperçu à travers la première partie.

Pour la bodhicitta ultime, il y a trois pas dans la partie analytique :

. la première partie consiste à regarder à l’extérieur de soi,
. la seconde partie consiste à observer son propre esprit,
. la troisième partie nous permet de ne pas saisir une certaine idée de la vacuité, car il y aura alors des obstacles pour atteindre la vérité.

Le premier pas: les phénomènes, le reflet de notre esprit

Les choses n’existent pas en tant que telles. Elles sont une création de notre esprit, nous créons du karma, en fonction de nos réponses à ce que nous vivons, ceci étant relié à ce que nous avons semé précédemment. Nous créons du nouveau karma. Et donc nous créons de nouvelles expériences, nous semons les graines pour un nouveau monde, pour une vie future, pour de nombreuses vies à venir. L’expérience est le monde, qui est crée par notre karma. C’est pourquoi notre esprit crée le monde. Il y a différents types d’êtres. Les êtres du monde divin voient l’eau comme un nectar qui peut les guérir et prolonger leur vie. Mais les êtres dans les règnes des esprits avides voient cette eau comme du pue et sale. Pour les humains nous la voyons comme de l’eau, ce n’est pour nous ni du nectar, ni de la pourriture, mais un moyen de se désaltérer. Au sein du règne animal, un morceau de viande sera délicieux pour un chien mais répulsif pour un lapin. Chaque être voit le monde de manière différente, selon ce que son esprit perçoit.
Quand je suis arrivé en Dordogne quelqu’un a dit qu’il faisait chaud ici, mais comme j’arrive des régions tropicales je trouve qu’il faisait plutôt bon. C’est ce qu’il est dit dans la philosophie bouddhiste, ce que nous voyons est basé sur notre expérience et nos habitudes.

Même si vous avez trois seaux: l’un avec de l’eau chaude et l’autre avec de l’eau froide et l’un avec de l’eau à température tiède. Si nous mettons une main dans l’eau très chaude, l’autre dans l’eau très froide, et qu’après nous mettons les deux mains dans l’eau tiède, chaque main va ressentir la température de l’eau de manière très différente. Ce qui veut dire que ni chaud, ni froid, ni bon, ni mauvais n’existent en tant que tel. Tout est relatif, associé à autre chose. Tout est dénué de réalité. Donc il est plus question de voir comment nous percevons le monde, que ce qu’est véritablement le monde. La fleur qui est posée là devant moi, est vue de manière différente par chacune des deux cent personnes qui sont sous cette tente.

Nous Pouvons dire que les gens ont deux types de perceptions: la perception commune qui consiste à dire ceci est une fleur, dont la couleur est rouge. Ensuite nous avons des perceptions personnelles: j’aime ou je ne n’aime pas l’odeur de la fleur. Mais plus nous allons dans le détail et plus la perception est individuelle, une perception collective n’existe pas.
Nous percevons tous cette fleur de manière différente car nous la voyons d’un angle unique. Il est impossible pour vous de voir ce que je vois, car je regarde à partir d’un angle et vous d’un autre, et même si vous veniez à ma place vous verriez différemment de moi. Par exemple la mode des années soixante était considérée comme superbe à l’époque, aujourd’hui nous trouvons cela moins beau. Une action nous offense qu’elle soit belle ou non, tout cela dépend de notre culture, de nos croyances et habitudes, de notre esprit, de notre perception. Comme la culture décide pour nous ce qui est considéré comme bon ou mauvais, cela signifie que tout cela est une perception de l’esprit. Ainsi, selon le bouddhisme, il n’y a pas d’autre créateur du monde que notre propre esprit, nos perceptions, nos croyances.
Une fois ceci compris, analysé, réfléchi, vous pouvez lire des livres qui développent la philosophie bouddhiste, shitamatra, c’est-à-dire, l’esprit seul. Une fois que vous comprenez que le monde entier n’est que projection de notre esprit, que pour chaque individu le monde est le reflet de son propre esprit, alors nous pouvons aborder le point suivant qui consiste à se demander à rechercher, analyser, qui perçoit le monde ?

Le deuxième pas: la recherche de l’esprit

De nos jours beaucoup de gens pensent que notre cerveau, les nerfs cervicaux sont l’esprit. Les gens croyaient à une époque que le coeur était l’esprit, on pensait qu’il était jaune, grand, blanc, bref plusieurs croyances qui circulent encore maintenant sur ce qu’est le « soi », la conscience, l’esprit. Beaucoup croient qu’il s’agit d’une matière physique. En fait, l’esprit est fort éloigné de quelque chose de physique.

Il est vrai que notre corps physique, et certaines parties comme le cerveau, jouent un rôle très important en terme de soutien, comme un contenant à notre esprit. Mais le contenant n’est pas la chose. Le verre permet de contenir l’eau, mais si le verre casse, l’eau se répand sur le sol. Le verre n’est pas l’eau, si c’était le cas nous pourrions boire le verre. Ils vont ensemble, l’un permet à j’autre d’être contenu, mais ils sont séparés, différents. Ils sont proches et
c’est pour cela qu’il y a confusion, et que les gens pensent que le cerveau
c’est l’esprit. Or, ce n’est pas le cas.

Il y a beaucoup de niveaux d’analyse lorsque nous cheminons vers la vérité ultime. Quand je parle du cerveau et de la connexion entre l’esprit, la conscience et le cerveau, il s’agit d’un niveau de base d’analyse. Si nous nous situons sur un niveau plus élevé d’analyse, en méditation analytique, nous ne trouverons pas l’esprit, car il n’existe pas en tant que tel. Nous disons ceci est de l’eau, en analysant nous disons ce sont des particules, des molécules, des atomes ou c’est du vide; tout est vrai mais il y a plusieurs niveaux de vérité.
Dans la pratique du lodjong nous nous situons au plus haut niveau d’analyse. Pour faire cela il y a différentes méthodes. L’une d’entre elles consiste à se demander où est notre esprit: à l’intérieur du corps ? À l’ extérieur ? Par exemple, lorsqu’il s’agit de sensations physiques, de ressentir, nous pouvons nous demander si la sensation existe avant que nous ayons touché l’objet ou pendant que nous le touchons. La réponse est probablement pendant. Puis il s’agit de se demander si la sensation d’agréable ou de désagréable vient de l’objet ou du sujet. Voilà donc le type d’analyse que nous expérimentons. Si mathématiquement parlant la sensation n’existe que lorsque les deux choses sont en contact, et non, alors que cette sensation, avant le contact, n’ est présente ni dans l’objet, ni dans l’expérimentateur, comment se fait-il qu’il y ait quelque chose qui apparaisse ? C’est comme deux zéros qui se rencontrent : ça donne un zéro.

Vous pouvez vous demander quelle couleur, quelle taille cette sensation a, à quoi elle ressemble, où se place-t-elle ? Voilà comment analyser l’esprit. Si vous avez foi dans l’idée que les objets extérieurs n’existent pas, qu’ils ne sont qu’un reflet de l’esprit, vous pouvez alors utiliser une autre méthode pour percevoir la vacuité de l’esprit. Cette méthode consiste à comprendre que l’esprit perçoit. S’il n’y a pas d’objet à percevoir, pourquoi y a-t-il un sujet qui perçoit ? Comment peut-il être sujet s’il n’y a pas d’objet ?

Une autre méthode d’analyse consiste à utiliser le temps. Étant donné que l’esprit n’est pas un objet physique, le temps peut aider, il est impermanent : ce qui est aujourd’hui peut changer demain, l’esprit peut changer en permanence. Ce que nous pensions hier évolue aujourd’hui.
Si nous allons un peu plus dans les détails nous nous apercevons que tout change à chaque se-conde. Cela signifie que le présent, le passé et le futur sont le temps, nous pensons que le présent est compris dans une seconde mais une partie est proche du passé et une autre du futur. Donc le présent est divisible. Et plus nous allons dans le détail, plus il est difficile de trouver un vrai présent indivisible, palpable, existant. Lorsque nous faisons ce type d’analyse nous allons vite comprendre que l’esprit est vide.

Nous risquons de penser que l’esprit c’est le vide, et alors nous allons saisir cela. Puis nous allons nous attacher au monde, nous lier au samsara, mais l’attachement au vide va aussi nous ligoter. Que la chaîne soit de métal ou d’or, elle nous entrave. Quel que soit l’attachement que nous vivons il nous empêchera d’aller vers l’éveil. Il est important de dissiper, de purifier ce genre de pensées sur le vide. Le huitième karmapa, Mikyeu Dordjé a mis en avant le fait que lorsque nous frottons deux objets solides ensembles ils chauffent et peu à peu ils peuvent se transformer en feu. Ce feu brûlera tout ce qui est autour comme le bois. Quand nous pratiquons la méditation analytique, nous pouvons détruire la saisie, l’esprit qui perçoit tout comme solidement existant. Comprendre que tout est vide se fait en même temps, et l’esprit qui saisit cela doit aussi être purifié. Ceci est un exemple qui est donné par le huitième karmapa dans le commentaire d’un texte: « l’entrée dans la voie du milieu ». Quand vous en arrivez là, vous pouvez passer à la méditation plus stable d’intégration.

Le troisième pas: stabiliser l’esprit

Dans le texte du lodjong il est mentionné la nécessité de placer notre esprit au delà de la septième conscience: l’alaya. Nous pouvons parler ici de luminosité, de clarté. Il n’y a plus de pensées, ni de saisie. Quand nous poursuivons cette étape nous parvenons à la stabilité de l’esprit. Tout ceci se passe pendant la méditation, lors de la post-méditation, il est important de garder à l’esprit l’illusion des phénomènes.

La bodhicitta relative

La méditation

La partie sur la méditation concernant la bodhicitta relative traite surtout de tonglen, la pratique qui consiste à prendre et à donner. Nous devons penser au pourquoi nous faisons cette pratique. La première raison c’est que si nous voulons atteindre l’éveil, si nous voulons nous éloigner de la souffrance, il faut échanger bonheur et souffrance entre nous-mêmes et les autres. Sans cette pratique, la pratique du bodhisattva ne serait pas réalisée, et sans la pratique du bodhisattva, il est impossible d’atteindre l’éveil. Donc si vous voulez atteindre l’éveil il est indispensable que vous pratiquiez ainsi.
La seconde raison est notre dette envers les êtres qui ont été si bons envers nous. Dans ce samsara, il y a un cycle perpétuel de renaissances et dans chaque vie nous avons une mère. Peu importe le nombre de fois, mais tous les êtres ont été au moins une fois nos parents. Pendant cette période ils ont été si bons pour nous, ils ont sacrifié tant de choses pour le bien-être de leur enfant. C’est aussi notre dette qui justifie aussi cette pratique.

Comment pratiquer tonglen ?

Tout d’abord on doit générer la compassion, un sentiment de responsabilité vis-à-vis des autres. Pour faire cela il s’agit de penser à quelqu’un qui est bon pour nous, et c’est souvent un parent, une mère. On pense combien ils nos amis, et ainsi de suite. Puis quand notre sentiment de responsabilité est ancré en nous, nous faisons la pratique de tonglen.
La pratique de tonglen se combine avec notre respiration: à l’expir tous nos mérites, bonheurs, conforts, et leurs causes, sortent de notre nez sous la forme d’une fumée de couleur blanche, et vont toucher tous les êtres. Ils deviennent heureux, et reçoivent tout le mérite. A l’inspir nous pensons que toutes leurs souffrances et leurs causes, le karma négatif, nous pénètrent. Nous prenons tout le négatif sous la forme de fumée noire, cela libère les êtres.

Pendant la post-méditation il faut se centrer sur trois choses: trois poisons, trois objets et trois actions vertueuses. Quand nous voyons un bel objet, le désir attachement s’élève. A ce moment-là nous prenons la décision qu’aujourd’hui nous allons prendre tout le mauvais karma des êtres relié au désir, et qu’en retour nous voulons les libérer de ce poison. Trois objets cela signifie: favorable, défavorable et mitigé. Les trois poisons sont le désir, la colère et l’ignorance; les trois vertus signifient de prendre sur soi les trois poisons et la souffrance qu’ils génèrent et de donner aux autres leur contraire, c’est-à-dire ce qui est positif.

Question : pouvez-vous donner un exemple sur la façon de pratiquer sur les 3 poisons dans la vie quotidienne ?

Si quelqu’un vous parle de manière agressive, c’est un objet défavorable, car cela suscite de la colère chez moi, mais aussi chez ceux qui vont l’entendre, ou même chez ceux qui en parleront. Donc l’important est d’éviter de parler négativement de cet événement, ne dire du mal de personne. Il s’agit d’absorber l’événement, de prendre sur soi. Ainsi, on allège véritablement la souffrance d’autrui et de soi-même.

Question :  comment ne pas devenir déprimé quand on prend conscience de la souffrance de tous les êtres, en pratiquant tonglen ?

La tristesse a deux aspects : l’un nous concerne, l’autre concerne les autres. Pour celle qui concerne les autres, c’est le reflet de l’énergie de la compassion. C’est positif et c’est bien. Si c’est pour nous-mêmes, c’est négatif et il  nous faut résoudre cela…. Si vous vous sentez tristes et déprimés parce que vous prenez sur vous toute la souffrance des êtres, c’est une façon de payer sa dette. Vous devriez être heureux de savoir tout cela et pouvoir les aider  à votre tour.
Vous devez voir cela comme la souffrance ressentie quand on vous injecte une piqûre dans le bras, cette souffrance est indispensable si vous voulez guérir. L’injection évite que la souffrance se répande partout.

 

FIN

 

 

Le Lodjong Gyatrul Rinpoché dans bouddhisme tibétain GyatrulRinpoche

Vénérable Gyatrul Rinpoché est un lama principal de la lignée Palyul de l’école Nyingma du bouddhisme tibétain. Il a été reconnu dès son plus jeune âge par Jamyang Khyentse Chökyi Lodrö comme l’incarnation de Sampa Künkyap Il est également considéré comme l’incarnation de Kunzang Sherab, le premier détenteur du trône de la lignée Palyul. Après une formation au monastère de Domang Palyul, il a fui la Révolution culturelle chinoise au Tibet en 1959. Il a alors été élu comme représentant des quatre écoles du bouddhisme tibétain qui se sont rassemblées à Buxa, en Inde. En 1972, il a été nommé par Sa Sainteté Dudjom Rinpoché comme le directeur spirituel et le représentant des centres Nyingpo Yeshe sur la côte ouest des Etats-Unis, et de Tashi Choling Centre d’études bouddhiste dans le Sud de l’Oregon, où il est resté jusqu’en 2012.

 

 

atisha-1 dans Les enseignements du Dharma

Atisha

La pratique du lojong s’est développée initialement sur une période de 300 ans entre 900 et 1200, dans le cadre de l’école bouddhiste Mahayana. Le moine du Bengale Atisha (983–1054), est généralement considéré comme le créateur de la pratique du lojong. La pratique est décrite dans son livre La lampe pour la voie. Mais le contenu repose sur ses études avec un maître de Sumatra, Dharmakirti avec lequel il étudia la bodhicitta pendant douze ans. Atisha risqua sa vie pendant son voyage jusqu’à Sumatra (lire « The Story of Atisha’s Voyage to Sumatra ») et s’exprima en ces termes aux disciples de Dharmakirti venus l’accueillir: « Je suis venu ici pour chercher l’essence de l’existence humaine ». Ensuite il retourna enseigner en Inde, mais à un âge avancé il accepta une invitation pour aller au Tibet, où il passa le reste de sa vie.

La tradition dit que Atisha, apprenant que les habitants du Tibet étaient très plaisants et sociables, au lieu d’être content de cela, fut préoccupé de ne pas avoir assez d’émotions négatives pour y travailler à sa pratique de lojong. Il amena donc avec lui son serviteur du Bengale qui avait mauvais caractère et qui, le critiquant constamment, était pénible à vivre. Les professeurs tibétains aiment bien alors dire que, lorsque Atisha arriva au Tibet, il réalisa qu’il n’avait pas besoin de son serviteur…

Les proverbes/slogans du lojong moderne ont été composés par Chekawa (1101–1175). On raconte que Chekawa vit un texte sur le lit de son confrère de cellule, ouvert sur la phrase : gain et victoire pour les autres, perte et défaite pour moi1. Cette phrase le frappa et il chercha son auteur, Langri Tangpa (1054–1123)2. Quand il le trouva, celui-ci était mort, mais il étudia avec un de ses disciples, Sharawa, pendant douze ans. On dit que Chekawa aurait guéri des lépreux avec le lojong. Dans un de ses récits, Chekawa s’en fut vivre avec un groupe de lépreux et pratiqua le lojong avec eux. Graduellement plusieurs furent guéris, d’autres accoururent, et éventuellement des non lépreux commencèrent à y prendre intérêt. Une autre histoire populaire sur Chekawa concerne son frère et comment il devint une personne plus bienveillante grâce au lojong.

 

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