29 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

AIDER LES MOURANTS (Gyaltrul Rinpoché)

AIDER LES MOURANTS

Gyaltrul Rinpoché

Comment venir en aide aux personnes qui vont mourir

 

Source : Revue Tendrel :

http://www.dhagpo-kagyu-ling.org/fr/index.php/multimedia/revue-tendrel/396-aider-les-mourants

 

Face à une personne qui va mourir, il est important de prendre conscience de plusieurs choses. Tout d’abord, nous n’avons pas toujours une attitude correcte ni la meilleure attitude qui puisse être. Par exemple, en réponse à la souffrance de la personne qui va mourir, nous avons souvent une attitude ou un visage qui ne reflète pas vraiment l’apaisement. Comme le mourant voit cet état que lion manifeste, cela accroît sa souffrance et son inquiétude. Il y a ainsi une sorte de jeu de double miroir qui fait qu’au lieu d’apporter de l’apaisement, c’est le contraire qui se produit.

Nous avons bien sûr besoin de développer de la compassion à l’égard des êtres, mais nous n’avons pas besoin d’aller dans le sens de la souffrance. Ce point est très délicat à comprendre, parce que l’objet même de la compassion est cette souffrance. Il faut donc prendre conscience de la frontière très subtile qui peut exister entre les deux. Pour savoir si lion est en train d’exprimer de la compassion ou de la souffrance, on peut observer sa propre attitude, afin de voir si elle est fermée et sans espoir, ou au contraire ouverte et pleine d’espoir.

Si l’on exprime de la compassion, celle-ci est dirigée vers un être qui est dans la souffrance, elle est porteuse d’espoir et d’ouverture ; alors que si l’on manifeste, à l’égard d’une personne, un état d’esprit sans aucune ouverture ni aucun espoir, on est alors en train de manifester de la souffrance et d’exprimer la frustration de ne rien pouvoir faire.

Si lion doit approcher un mourant, il est nécessaire de le faire en se séparant de la souffrance que lion expérimente. Lorsque nous arrivons auprès d’un mourant, chargés de notre propre souffrance, celle-ci se manifeste sur notre visage et le mourant en est conscient. Et du fait qu’il perçoit notre souffrance, il développe davantage d’attachement et de regret par rapport à la situation à venir, et expérimente ainsi encore plus de souffrance.

Ce n’est donc pas rendre service au mourant que d’arriver devant lui chargé de souffrance; il faut au contraire nous en débarrasser et laisser se manifester la compassion. La compassion est nécessaire et bénéfique, car le mourant la reçoit comme un grand soulagement. Je vais vous donner quelques conseils point par point. La première chose à savoir, c’est ce qu’il convient de faire lorsqu’on entre dans la maison d’un mourant. Dès que l’on pénètre dans cette maison, il est nécessaire d’avoir une attitude détendue et aussi naturelle que possible, d’abandonner toute nervosité et toute forme de souffrance ou de stress qui pourrait être perçue par la personne en train de mourir.

La deuxième chose à faire, c’est de s’imaginer à la place du mourant et de se demander ce que nous attendrions de la visite d’un proche ou d’un ami. Cela aide à voir de quelle manière on peut soulager et aider le mourant. Un troisième point est important, même si l’on a des points de vue différents: d’une façon générale, il est nécessaire de dire la vérité et de ne pas se cacher derrière toutes sortes de prétextes; puisqu’il s’agit d’un moment important, il faut en parler et le regarder en face.

On peut se trouver devant une personne sur le point de mourir et qui continue à s’accrocher à son dernier souffle, sans parvenir à franchir la porte de la mort. Cela est la marque d’un attachement très fort du mourant et il est nécessaire à ce moment-là de dissiper les doutes: cette personne de toutes les façons va mourir et il n’est donc pas nécessaire de prolonger outre mesure cette espérance, cette agonie et cette souffrance intense. Si le mourant est un ami du dharma, on pourra utiliser d’autres méthodes.

Premier point : lorsqu’on entre dans la maison d’un mourant, ne pas y pénétrer avec de la nervosité ou du stress, mais au contraire essayer de modifier l’atmosphère en instaurant une ambiance de calme et de détente.

En approchant le mourant, il n’est pas nécessaire de l’abreuver d’un flot de jolis mots. Ce qu’on dit n’est pas important; le plus important est ce qu’on ressent et ce qu’on manifeste dans son coeur, comme la bonté, l’amour et la compassion. C’est cette sorte de chaleur humaine qui est importante et qui est ressentie par le mourant. Il n’est pas nécessaire de parler ni d’effectuer quelque chose de spécial. Il faut aller au plus simple, au plus naturel, aller vers la personne et générer la compassion et l’amour.

Du fait qu’on génère en soi cette compassion, celle-ci s’exprime sur notre visage, sans parole, et le mourant la ressent et cela lui apporte un grand soulagement. Utiliser de belles paroles apaisantes n’est pas forcément ce qui lui sera le plus bénéfique. Lorsqu’on rend visite à un mourant, il faut aussi se défaire de tout espoir d’apporter une solution miraculeuse, de sauver cette personne, de pouvoir tout transformer, etc. Il ne faut pas se croire investi d’une charge obligeant à trouver des pouvoirs extraordinaires grâce auxquels on changerait le cours des choses. Il faut se départir de toutes ces formes d’attente et d’espoir plus ou moins conscientes.

Il y a une loi inéluctable et très puissante qui est celle du karma, la loi de la naissance et de la mort. On ne peut l’arrêter et il faut l’accepter en totalité. Il n’est pas question de vouloir la rejeter. Si quelqu’un arrive au terme de sa vie, il faut l’accepter. Il n’y a rien d’autre à faire et il ne faut surtout pas lutter contre cela, ni espérer pouvoir y remédier par quelque moyen que ce soit. Si l’on arrive auprès du mourant avec l’espoir de pouvoir faire quelque chose d’extraordinaire, cela ne se produira pas et engendrera du même coup la frustration et la souffrance. On n’est pas là pour essayer de transformer la situation, on est auprès du mourant pour lui apporter davantage de paix, pour l’aider à trouver en lui-même un peu plus de sérénité.


On constate souvent que les personnes qui ont entamé le processus de la mort sont irritables. Ces personnes ont un esprit assez étroit, mais ce n’est pas une démarche volontaire de leur part ; simplement le contrôle de la situation leur échappe totalement. Elles ressentent énormément de frustration et de souffrance. De ce fait, leur esprit se rétrécit et elles expérimentent une vision teintée de colère et frustration. Pour le comprendre, il suffit d’observer notre attitude lorsque quelque chose nous dérange.

Si une personne nous met en colère, nous nous trouvons dans un état d’agitation; du coup, le regard que nous portons sur tout le reste est transformé. Du fait d’une seule cause, toute notre vision du monde est changée, perturbée. Si une seule cause de colère peut provoquer cela en notre esprit, on peut imaginer comment cela se passe pour un mourant! En effet, le mourant n’a pas une seule cause de colère, mais toutes les raisons du monde de l’être. Il est en train d’expérimenter toutes les souffrances et toutes les frustrations que l’on peut rencontrer dans la vie.

Nous sommes irrités lorsque nous perdons une chose, mais le mourant perd tout: biens, amis, famille, pouvoir, renommée, attentes, etc. Il ne faut donc pas s’étonner qu’au moment de la mort l’esprit soit un peu étroit et irritable. Un esprit étroit peut facilement sombrer dans la tristesse, la frustration, l’irritation et la colère. Il faut avoir cela présent à l’esprit lorsqu’on approche un mourant, savoir pourquoi cette personne est irritable et ne pas réagir ni prendre pour argent comptant les colères qu’elle peut manifester à notre égard. Il faut comprendre pourquoi cette personne est en colère et ne pas prendre cela pour une agression personnelle. II est également bénéfique d’éviter les bruits trop intenses et les grands rassemblements, pour, au contraire, instaurer autour du mourant un climat de détente, de silence et d’apaisement.

Deuxième point : imaginer que l’on est à la place de la personne en train de mourir.

La chose la plus importante pour venir en aide à un mourant est de développer la compassion, la bonté et l’amour vis-à-vis de cette personne. Mais il n’est pas toujours facile de développer de la compassion, comme cela. Comment la générer ? Comment générer l’attention la plus grande et la plus présente possible ? Peut-être en nous mettant à la place du mourant et en nous rendant compte de ce qu’il est en train de traverser.

Si nous nous mettons à la place du mourant, nous nous rendons compte que, d’un moment à l’autre, nous devrons tout quitter, abandonner non seulement ce corps, mais aussi tous nos amis et notre famille. D’un seul coup, tous ces êtres qui nous sont proches disparaîtront à jamais pour nous. Nous pouvons essayer de ressentir les sentiments présents en nous face à une telle situation. Puisque l’esprit se sépare du corps, on se rend compte qu’on est en train d’expérimenter toutes les souffrances physiques possibles et imaginables.

En fait, l’esprit se sépare du corps par excès de souffrance. Il y tellement de souffrance qu’il nous est insupportable de continuer plus longtemps dans cette situation. On peut essayer d’imaginer quelle intensité de souffrance il faut pour que l’esprit se sépare du corps par incapacité d’aller plus loin dans ce sens.

On essaie de prendre conscience non seulement qu’on quitte tout, mais aussi de la quantité de souffrance qui s’élève d’instant en instant, et on se dit: « Dans cette situation, qu’est-ce que j’attends ~ Que va m’apporter un être cher ou quelqu’un qui viendra me rendre visite » Nous n’attendons pas de discours ni de beaux exposés. La chaleur humaine, l’attention et l’amour sont les seules choses dont nous avons besoin.

C’est une analyse très utile que de se mettre à la place de l’autre, car cela permet d’avoir conscience de la situation, de l’état d’esprit dans lequel se trouve le mourant. On est alors à même de l’aider véritablement. On pense aussi à la détresse et à la grande solitude dans lesquelles se trouvent les personnes en train de mourir.

Elles sont dorénavant seules à parcourir la suite de leur chemin. Ce sentiment de solitude nous aidera à comprendre, et à développer beaucoup d’amour et de présence vis-à-vis de la personne en train de mourir. On peut, bien sûr, lui parler, mais il n’est pas nécessaire de parler trop. Quelques mots suffisent; le plus important est la manière de parler, le ton, l’expression, la présence de la parole. Car les mourants sont très sensibles à l’intensité que véhiculent les mots.

Troisième point : dire la vérité aux êtres qui sont en train de mourir.

On pense parfois qu’il n’est pas bon de dire à quelqu’un qu’il va mourir. On peut trouver toutes sortes de raisons pour penser cela, mais il faut comprendre que, lorsque quelqu’un est véritablement sur le chemin de la mort, il s’en rend compte. Et si on ne le formule pas, il se rend compte qu’on lui cache la vérité.

De ce fait, au lieu de se sentir soutenu, aidé et accompagné, le mourant est très triste d’avoir auprès de lui quelqu’un qui le trompe. Il peut aussi regretter le fait qu’on ne lui ait pas dit plus tôt qu’il allait mourir, ce qui lui aurait permis de faire certaines choses auparavant. Le mourant imagine des choses et nous rend responsable de cette duperie. Découvrant qu’on ne lui dit pas la vérité, il éprouve de la colère et d’autres émotions négatives qui l’amènent à accumuler davantage de mauvais karma, dont le résultat n’est pas bénéfique. C’est pourquoi, lorsqu’on est certain que quelqu’un va mourir, il faut dire la vérité. Bien sûr, il faut développer suffisamment de tact pour annoncer cela au mourant.

La manière de le formuler sera d’autant mieux comprise qu’on aura établi un lien étroit avec cette personne Si l’on réussit à faire percevoir à cette personne toutes les similitudes qui existent entre elle et nous, le message pourra être accepté plus facilement du fajt de ces liens étroits. Il est important de faire ressentir à cette personne que l’on a beaucoup communs, comme être du même pays, du même village, avoir fait beaucoup de choses ensemble, etc. Et si ce n’est pas le cas, on peut toujours se mettre à l’unisson de cette personne et lui montrer que l’on pense de la même manière qu’elle.

Si la personne a le sentiment, d’avoir à ses côtés quelqu’,un de très proche, Il lui sera plus facile d’accepter ce message. Si l’on réussit à établjr ce lien du coeur, le mourant ressent qu’il peut avoir confiance en nous et cela le soulage grandement. D’habitude un mourant se sent isolé, même s’il a des personnes autour de lui, car il n’a personne en qui il peut avoir véritablement confiance Procéder ainsi va aussi nous aider à comprendre notre propre mort. Si nous sommes déjà pratiquants, pratique du dharma. On essaye donc de tisser des liens étroits avec la personne qui est en train de mourir.

On apprend à communiquer jour après jour, de façon de plus en plus proche. Petit à petit, les choses seront plus aisées et il sera plus facile de parler de cette mort qui approche. On en parlera au mourant en lui faisant comprendre qu’il va mourir, mais que tout le monde tôt ou tard doit mourir, quel que soit son pouvoir, sa richesse ou sa réalisation.

Ces liens étroits permettent plus facilement de dire la vérité à une personne qui est sur le point de mourir. Le simple fait de pleurer ou de se lamenter n’apporte aucun soulagement, ni aucune aide. Et si quelqu’un pleure en face de nous, il est important de lui rappeler cela et de lui dire que, de toutes façons, tôt ou tard, tout le monde mourra.

Lorsque le mourant se rend compte que la situation qu’il traverse n’est pas exceptionnelle, mais qu’elle est celle de tous, le fait de rendre plus ordinaire ce moment l’aide à avoir davantage de contrôle sur la souffrance qu’il rencontre. Au moment de la mort, on doit faire face à deux types de souffrance: la souffrance mentale et la souffrance physique. La souffrance de l’esprit est la plus intense.

Si, grâce à cette méthode, on réussit à faire comprendre au mourant que son état est inéluctable et partagé par tous les êtres à un moment ou à un autre, on diminue cette souffrance mentale; et comme c’est la plus importante, c’est une grande aide. En ce qui concerne la douleur physique, il y a des médicaments qui peuvent la soulager.

Il est bon d’aider le mourant avec ces médicaments dans la mesure où cela n’obscurcit pas l’esprit. Il ne faut pas tomber dans un extrême, et garder toujours une certaine conscience des choses. Le fait de soulager quelqu’un grâce à des médicaments, des piqûres etc, est bénéfique lorsque la personne approche de la mort. Mais lorsqu’elle est véritablement à l’agonie, il n’est pas bon de continuer à lui administrer des médicaments ou des piqûres, car le mourant a envie qu’on le laisse tranquille. Ces produits doivent être utilisés avant, mais il n’est pas nécessaire de les utiliser dans les derniers moments.

Et, lorsque la personne est sur le point de mourir, il faut l’emmener dans un environnement qui lui est familier, si possible à la maison, sinon au moins la sortir du lieu de soin pour la placer dans un endroit plus calme où elle pourra se sentir à l’aise. Lorsque cette personne est un ami du dharma et qu’elle pratique avec nous, il existe des méthodes complémentaires qui peuvent être utilisées. Si la personne nia pas d’autel en face d’elle, il est bien d’en disposer un rapidement avec des offrandes, de manière à ce que cette personne soit en contact avec les trois Joyaux.

Il est bon d’y placer des représentations des bouddhas, des bodhisattvas, ainsi que du maître avec lequel elle a pratiqué. Il est également très bénéfique de faire écouter à cette personne une cassette sur laquelle est enregistrée la récitation d’un rituel, ou de pratiques qu’elle a l’habitude de faire.

On peut également lui rappeler certains enseignements, comme celui du processus de fonctionnement de l’esprit. Mais il faut faire soit l’un, soit l’autre; il ne faut pas en même temps mettre la cassette et parler. Très important aussi est le respect que l’on développe auprès du mourant. Quoique l’on fasse, quoique l’on dise, il importe de toujours rester dans cette attitude de respect. Si l’on est en train de parler du fonctionnement de l’esprit, comme il était conseillé juste avant, il ne faut pas le faire avec une attitude d’enseignement, mais avec un grand respect, juste comme un rappel adressé au mourant.

Lorsque le moment véritable de la mort survient, il n’est pas bon de laisser la personne s’accrocher à la vie ou s’enfermer dans la souffrance. Quand il est inéluctable que la personne parte, qu’elle sente qu’elle peut le faire. Il arrive parfois qu’une personne qui devrait déjà physiquement être morte s’accroche désespérément à la vie, prolongeant ainsi une souffrance intense qui n’est pas nécessaire. Vient un temps où il est bon de franchir le cap et de quitter ce corps. Si quelqu’un a du mal à franchir ce cap, c’est sans doute parce qu’il demeure un attachement très fort à quelque chose de précis.

Il est nécessaire d’aider la personne à s’en détacher, pour qu’elle puisse continuer son cheminement. Il est important de trouver la cause, objet ou personne, qui fait que le mourant s’accroche ainsi à la vie. On parle ici du moment où le mourant devrait normalement déjà être mort. Il faut alors lui dire qu’il est possible pour lui de partir, que tous les êtres autour de lui l’aiment beaucoup, et qu’ils ont très envie de continuer à lui prêter attention, mais qu’ils ne veulent pas non plus qu’il continue à souffrir de la sorte. On lui donne en quelque sorte la permission de quitter cette vie.

C’est important, sinon il y a une souffrance qui risque de continuer outre mesure. Si lion découvre le dernier lien qui retient la personne à la vie et si cette personne est un pratiquant du dharma, peut-être pourrons nous faire en sorte qu’elle comprenne que cette chose à laquelle elle s’attache doit être consacrée et dédiée à la pratique du dharma. Tous ces conseils, ces moyens et ces méthodes qui font partie du dharma sont extrêmement utiles, sauf si lion se trouve auprès d’une personne qui a une répulsion vis-à-vis du dharma.

Une fois que la personne a franchi le seuil de la mort, il est alors bénéfique, pour toute personne, de mettre en place les méthodes du dharma telles qu’elles sont décrites et enseignées. Cela est bénéfique non seulement pour les personnes qui sont proches du dharma, mais également pour celles qui n’ont pas de lien avec le dharma ou qui y sont opposées. Lorsque des animaux sont en train de mourir, il est bon de leur réciter des mantras, notamment ceux d’Akshobya et d’Amitabha, ainsi que les différents noms du Bouddha. On doit se rappeler qu’au moment de la mort et après la mort, il faut absolument éviter de dire des choses négatives sur le défunt, car cet esprit est très sensible avant et après la mort.

Il est tout à fait conscient de ce qui est dit à son intention. Si donc on prononce des négativités à son égard, il développe beaucoup de colère, ce qui peut le projeter dans des situations très difficiles et douloureuses. Lorsque le souffle extérieur s’arrête, il est alors nécessaire d’entreprendre la pratique de powa, ou transfert de conscience. Et au bout de trois jours et demi, on peut effectuer la pratique de Djang Tchok, un rituel spécifique pour les défunts.

Toutes les choses vertueuses qui pourront être consacrées aux mourants leur seront d’une grande aide. Si lion accomplit une action positive, il est excellent de la leur dédier. Pour résumer l’essentiel de l’aide que lion peut apporter à une personne qui va mourir, il s’agit de ne pas laisser la possibilité à cette personne de penser des choses négatives, de faire tout ce que lion peut pour éviter cela, et de contribuer au contraire à ce que l’esprit de cette personne soit le plus serein possible.

Questions-réponses

- Est-il bénéfique de poser un autel dans la chambre d’un mourant non bouddhiste ~ Est-il également bénéfique de lui faire écouter des cassettes de puja ou de lui parler du dharma ~

- Si le mourant n’a pas l’habitude du dharma, poser un autel dans sa chambre le troublera peut-être, car cela ne lui est pas familier; donc ce n’est pas vraiment nécessaire. Par contre, il est excellent de faire écouter à ce mourant des enseignements, notamment sur l’impermanence ou la réincarnation, qui l’aideront à comprendre que tout être à un certain moment termine sa vie. On pourra lui expliquer que des êtres prient pour les mourants, afin que ce processus se déroule de la façon la plus positive possible. Tous ces enseignements peuvent être donnés au mourant dans la mesure où celui-ci ne fait pas un rejet envers la spiritualité ou envers le dharma.

- Quand on se trouve auprès d’un mourant, il arrive que celui-ci nous demande de prendre certaines responsabilités, lorsqu’il ne sera plus là. Mais il est difficile de s’engager ainsi. Quelle attitude adopter dans le cas où l’on pense ne pas pouvoir faire face à ces responsabilités ~ Vaut-il mieux les accepter tout à sachant qu’on ne pourra pas les assumer, ou bien les refuser ~

- Cela dépend de la situation. Si le mourant a confiance en nous, que c’est la raison pour laquelle il nous demande d’accepter cette responsabilité et si nous sommes la seule personne en qui il a confiance, c’est un cas. Si le mourant a confiance en d’autres personnes, il est peut-être possible de répartir les responsabilités ou au moins de faire comprendre que l’on ne pourra pas forcément les prendre en charge. Mais si l’on est la seule personne en qui le mourant ait confiance, il vaut mieux accepter, car il a besoin d’amour et de compréhension. Si l’on accepte sa requête, cela sera un soulagement pour lui. C’est le principal.

Une fois que la personne sera décédée et que l’on devra faire face à ces responsabilités, on fera du mieux que l’on pourra. Dans le futur, on trouvera peut-être un juste milieu entre ce que l’on peut faire et ce qui nous a été demandé. Ce qui importe, c’est d’accepter et d’essayer de faire du mieux que l’on peut. Le fait d’accéder à requête d’un mourant est un grand soulagement pour lui et lui permet de partir détendu.

- Il y a de plus en plus de gens accidentés et maintenus en état de vie artificielle. On ne compte plus non plus les dons d’organes et les problèmes qui les accompagnent. Dans les hôpitaux, on est souvent confronté au problème de l’euthanasie, pour éviter que les gens souffrent. Que pense Rinpoché de tous ces problèmes et notamment de l’euthanasie ?

- Du point de vue du dharma, il n’est pas correct de prendre un organe sur une personne morte sans qu’elle ait donné son accord avant. La famille n’a aucune autorité pour ce choix qui revient uniquement à la personne concernée. D’autre part, il est bon de soutenir une personne médicalement, en utilisant tous les moyens possibles, quand cette personne a des chances de survivre.

Mais s’il s’avère certain qu’elle se trouve dans le processus de la mort, comme la mort est tout à fait normale, il n’est pas nécessaire d’entretenir cette personne outre mesure. Le point clé ici est de savoir si la personne est véritablement engagée dans le processus de mort ou pas. Si l’on arrête de donner des médicaments à une personne vraiment engagée dans la mort, il n’y a pas de problème. Mais si l’on arrête de soigner quelqu’un qui pourrait sien sortir, on commet une action criminelle.

- Quand le souffle intérieur vient à s’arrêter, qu’est-ce qui survient pour un pratiquant et qu’est-ce qui arrive pour un non pratiquant ?

- La seconde période dite de coma est vécue par les gens ordinaires comme une absence de perception. Cette période est plus ou moins longue. Pour ceux qui pratiquent, elle est très courte, car ces êtres passent beaucoup plus de temps dans la phase d’absorption méditative, dans la phase de luminosité.

- Quelle posture adopter au moment de mourir ?

- Pour celui qui ne pratique pas le dharma, il n’y a pas de règle à proprement parler. Pour un pratiquant moyen, il est bon qu’il adopte la position couchée du Bouddha, sur le flanc droit, faisant face à l’ouest. Le pratiquant de grande qualité peut quitter cette vie en demeurant dans la posture de la méditation.

- Quand on est face à des personnes âgées qui ne connaissent pas le dharma, mais qui veulent connaître le point de vue du bouddhisme sur la mort, quelles explications simples et claires peut-on leur donner ?


- Le principal est de parler à ces personnes de la continuité de la vie et du fait qu’après la mort il y a une renaissance, de leur dire que tout ne s’arrête pas au moment de la mort, mais qu’au contraire les choses suivent leur cours selon un processus de vies successives. Toutes les explications associées à ce point de vue de continuité des naissances et des renaissances sont bonnes à donner à ces personnes. On peut aussi essayer de montrer que cette continuité n’est pas simplement un postulat, mais qu’il s’agit d’une chose que l’on peut observer. Par exemple, il n’est pas nécessaire de montrer au nouveau-né comment s’allaiter : il se dirige spontanément vers le sein de sa mère, ce qui prouve qu’il y a expérience préalable.

Tout n’a pas besoin d’être enseigné, car il y a les fruits du passé. Il est bien d’expliquer aussi que toute chose a une cause. S’il n’y avait pas de causes, rien ne surviendrait. Même la naissance d’un être est subordonnée à un ensemble de causes préalables, antérieures à sa naissance. Et si l’on analyse cette situation, la cause qui amène à la naissance d’un enfant est le terme d’une vie antérieure. C’est parce qu’une vie a cessé que cette continuité se manifeste maintenant par une naissance. Il faut être très attentif à la capacité de compréhension et de réception des personnes en face de soi.

Leur faculté de compréhension dépendra en grande partie de l’ampleur et de la profondeur des discours que l’on tiendra. Il ne s’agit pas de noyer les gens dans des flots d’explications. Mieux vaut être plus attentif à ce que les personnes peuvent recevoir. Il est bon également de leur parler d’Amitabha et de la Terre pure de Déouatchène, du bienfait d’accomplir une pratique simple du Bouddha Amitabha et de réciter son mantra.

- Lorsqu’une personne va mourir, est-il bénéfique de lui parler de la vie éventuelle qu’elle reprendra dans tel ou tel royaume ?

- On ne sait absolument pas quel type de renaissance cette personne aura. Il est donc difficile de lui en parler. Au moment de la mort, il est sans doute préférable de focaliser l’attention du mourant sur le fait de ne pas développer de peu r n i d’attachement par rapport aux expériences qu’ i va traverser juste après le passage de la mort. Il est fort probable que, lors du bardo, la personne devra


traverser toutes sortes d’expériences. Le mieux est de la préparer à faire face à ces expériences, en lui expliquant qu’il ne faut se laisser emporter ni par la peur, ni par l’attachement. Cela est sans doute beaucoup plus efficace que de parler d’une vie future dans un contexte que l’on ne connaît pas.

- Ce que vous avez expliqué est valable pour une mort progressive, mais comment le processus se déroule-t-il à l’occasion d’une mort brutale. D’autre part, y a-t-il une cause spécifique au fait de mourir accidentellement ou en tout cas brutalement ?

- Votre question est effectivement intéressante, car on est en vie et, d’un seul coup, on se retrouve devant cette porte de la mort en un laps de temps très court. Mais, du point de vue bouddhiste, toutes les étapes décrites lorsqu’on parlait d’une mort naturelle seront franchies l’une après l’autre, d’une manière très rapide, mais effective.

L’aide que l’on peut apporter à une personne qui meurt rapidement est différente, car on n’a pas le temps de préparer la personne en développant de l’amour et de l’attention à son égard. On ne peut pas non plus partager les derniers instants ni préparer cette personne aux difficultés qu’elle rencontrera. Mais on a toujours la possibilité d’effectuer la pratique de powa puisque, si le souffle extérieur est arrêté brusquement par l’accident, le souffle intérieur, lui, continue.

Il y a donc, à ce niveau, une réelle possibilité d’aide. Tout le processus est très rapide. Au lieu d’expérimenter les phases préliminaires à la mort, la personne se retrouve presque immédiatement face à des expériences de lumières de différentes couleurs. Le processus est identique, mais le départ est évidemment brusque et rapide. Quant à la cause d’une mort subite, elle peut être évidente ou pas. Souvent, derrière cela, il y a beaucoup d’éléments dont on nia pas conscience; c’est un système très complexe.

Il y a peut-être une cause évidente, celle de n’avoir pas suffisamment prêté attention ou d’avoir omis quelque chose, qui fait que lion se retrouve dans la situation de faire face à la mort. Mais il existe aussi des causes cachées, tout un mûrissement karmique qui s’opère. Il peut y avoir également des esprits présents, qui font obstacle à la poursuite de la vie que nous avons dans ce corps. Il y a donc une cause évidente, plus toutes sortes de choses en arrière-plan, dont il est difficile de parler du fait même de leur complexité.


- Quelle est la possibilité pour un animal d’obtenir une meilleure renaissance après sa mort. Et comment pouvons-nous l’aider dans cette perspective ?

- On peut utiliser les mantras d’Amitabha, d’Akshobya, spécialement quand le souffle intérieur n’est pas encore terminé. S’il est achevé, il est possible encore de réciter des mantras et d’en dédier tous les mérites à l’animal. Les animaux peuvent effectivement retrouver des conditions de naissance plus favorables.


Conclusion

Pour ramener à l’essentiel tout ce qui a été dit à propos de la mort et de l’aide que l’on peut apporter aux mourants, il faut se rendre compte que le moment de la mort est un moment clé, un moment très puissant. Beaucoup de choses découlent de la façon dont on aborde cet instant. Même si l’on a, durant toute sa vie, effectué un cheminement avec une pratique correcte, il y a de fortes chances pour que notre esprit se dirige dans la mauvaise direction et aille vers des royaumes inférieurs si, au moment de la mort, on est emporté par des émotions ou des pensées négatives, et cela se passera ainsi malgré tout le potentiel positif que l’on aura pu accumuler durant sa vie. La mort est donc un moment très important, qu’il ne faut pas rater.

A l’inverse, une personne qui n’a pas trop pratiqué et a poursuivi une vie qui n’était pas très positive, mais qui aborde le moment de la mort avec un esprit clair et détaché, et a en même temps la chance d’entendre des enseignements ou des mantras du Bouddha Amitabha, aura la possibilité de prendre une direction bien meilleure que celle que sa vie courante aurait dû l’amener à prendre. Elle pourra accéder à une renaissance favorable, dans des conditions qui faciliteront son cheminement. L’instant de la mort est donc un moment clé qu’il ne faut pas manquer. Mais il faut bien se rendre compte que le moment de la mort n’est pas tout.

Evidemment, lorsqu’on aborde mal cet instant, même en ayant bien pratiqué toute sa vie, on peut renaître dans des conditions difficiles. Néanmoins, tout le karma positif accumulé dans la vie passée reste présent. La nouvelle vie est donc difficile, mais un mûrissement karmique positif s’effectue petit à petit et se fait jour malgré tout. Il ne faut pas croire que c’est simplement le choix que l’on fait au moment de la mort qui demeure.

De la même manière, si une personne a développé une activité négative tout au long de sa vie et qu’au moment de la mort elle se trouve dans un état d’esprit détendu et favorable pour prendre une direction bénéfique, elle sera toujours porteuse de son karma négatif, prêt à mûrir à un moment ou à un autre. Même si elle a repris naissance dans un milieu favorable, elle aura tôt ou tard à expérimenter le fruit de ses négativités. Mais, du fait de cette renaissance favorable, elle aura beaucoup plus de chances de pouvoir purifier ses négativités antérieures.

Pour résumer, il est important de contribuer à ce que le mourant demeure dans un état de pacification, à ce qu’en lui ne s’élèvent pas d’émotions violentes, notamment la colère. Il faut faire tout ce que l’on peut pour préserver l’environnement du mourant et empêcher qu’il y ait de l’agitation ou de l’inquiétude. Tout ce qui est étrange ou un peu fort, par exemple une odeur trop forte, peut suffire à irriter le mourant. Et, du fait de cette colère, on peut l’entraîner dans des expériences difficiles à affronter.

 

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