14 mai 2016 ~ 0 Commentaire

Les voeux du Vajrayana Bérou Khyentsé Rinpoché

 LES VOEUX DU VAJRAYANA

Bérou Khyentsé Rinpoché

Né en 1947, Bérou Khyentsé Rinpoché fut reconnu par le 16ième Karmapa comme l’émanation de Jamyang Khyentse Wangpo, l’un des fondateurs au 19ième siècle du mouvement non sectaire Rimé du Bouddhisme Vajrayana. Il fut également reconnu comme une émanation du Boddhisattva Manjushri qui personnifie la sagesse et la connaissance de tous les bouddhas. Il est l’un des principaux détenteurs de la tradition Kagyu (source : Institut Karmapa).

Source de l’article :
http://www.dhagpo.org/fr/multimedia/revue-tendrel/408-les-voeux-du-vajrayana

AVERTISSEMENT :

Attention, cet article a pour but de fournir des informations sur le Vajrayana tel qu’il est pratiqué dans les monastères de cette école ou dans certaines retraites de longue durée, dans la mesure où  cette branche du bouddhisme Mahayana est relativement peu connue en Occident.

Mais le Vajrayana ne peut en aucun cas être pratiqué de façon individuelle à partir de lecture de textes comme celui-ci. Certaines conditions doivent être réunies pour qu’il soit pratiqué dans son esprit véritable, c’est-à-dire sous la guidance d’un maître Vajrayana, et dans le cadre d’une communauté Vajrayana. Les voeux de Vajrayana ne peuvent être mis en oeuvre en-dehors de ce cadre.

La lecture de ce texte, s’il est mal compris, peut prêter à des contre-sens, source de dangers sur le chemin de l’éveil.

Le Vajrayana doit dans tous les cas être compris comme ne pouvant aboutir qu’à plus de compassion, de bienveillance, de douceur, de non-violence, et de sagesse dans le monde et à l’égard de soi-même. Si certains voeux peuvent paraître aller à l’encontre de ces qualités, c’est en raison de leur caractère délicat à comprendre et à mettre en oeuvre. Certains voeux peuvent ne pas être recommandés à notre époque. D’autres peuvent au contraire avoir une allure très moderne.

Cet article n’a en réalité d’intérêt qu’à titre informatif, soit pour les pratiquants déjà expérimentés qui se sentent inspirés pour s’engager sur une telle voie, laquelle est extrêmement difficile à suivre, soit pour les « intellectuels chercheurs » dans le domaine du bouddhisme à titre historique et culturel. Mais particulièrement dans ce dernier cas, il faut savoir que quelqu’un qui ne pratique pas déjà le Dharma ne peut vraiment comprendre cette éthique qui peut paraître à certains égards immorale sans une compréhension profonde du Vajrayana qui exige une formation particulière.

Sous ces réserves, bonne lecture !
Vajrayana et autres véhicules

Tout comme dans le Hinayana et le Mahayana, il est
possible île pratiquer le Vajrayana en tant que fidèle
laïc, ou bien en tant que moine (ou nonne). Si l’on est
moine et que l’on pratique le Vajrayana, on est dit « détenteur
des trois sceptres ».

Les voeux du Vajrayana sont considérés comme plus
profonds, plus puissants que les autres (voeux de libération
personnelle et voeux de bodhisattva ) en ce sens qu’ils
impliquent une transmutation des phénomènes, l’ai- exemple,
lorsque l’on accomplit un  rituel d’offrandes, on consacre les
substances qui sont offertes, notamment la nourriture. Lorsque
ces substances sont consacrées, elles sont transmutées en
nectar de suprême connaissance el, elles peuvent ainsi être
absorbées sans que l’on ait à tenir compte de quelque interdit
que ce soit. Dans certains rituels d’offrandes, la viande et
l’ alcool sont des éléments indispensables ; or, il est tout-a-fait
licite pour un moine ou une personne qui a pris des voeux
concernant l’alcool ou la viande de consommer une petite
quantité de viande et d’alcool consacrés en tant que
substances d’offrandes. C’est un exemple pour illustrer le fait
que les voeux, les samayas du Vajrayana transcendent tous
les autres.
Le mantra secret

Le Vajrayana est appelé en tibétain sang gnak dordjé
tekpa, ce qui signifie  » véhicule fulgurant du mantra secret ».
Cette notion de « secret » correspond au fait que celui qui
pratique vraiment le Vajrayana  ne rend pas publiques ses
pratiques ni ses actions, n’en fait pas étalage. Il a un
ensemble de règles à respecter et de pratiques à accomplir qui,
lorsqu’elles sont menées à bien, vont lui permettre d’atteindre
un certain niveau de réalisation , ce que 1′ on appelle des
accomplissements. Ces accomplissements peuvent être vérifiés
à travers des signes extérieurs et intérieurs. Quoiqu’il en soit,
il est absolument contraire à l’usage de faire étalage de ces
signes, d’en tirer gloriole, de les laisser voir afin de s’attirer la
considération d’autrui.
De même, les pratiques et rituels du Vajrayana sont tenus
secrets parce qu’ils pourraient être mal compris de quelqu’un
qui ne sérail; pas vraiment introduit dans ces pratiques, qui
n’en aurait pas une compréhension suffisamment profonde, qui
lirait un texte sans les explications nécessaires.  Ainsi, l’accés
aux pratiques est limité afin d’éviter les erreurs de
compréhension, les mauvaises interprétations de ces textes par
des gens qui ne seraient absolument pas qualifiés  pour les
recevoir et à plus forte raison pour les transmettre.

Ainsi, lorsque l’on parle de véhicule des mantras secrets,
ce caractère secret (« sang ») ne s’applique pas seulement aux
mantras (« gnak »}, mais embrasse beaucoup d’aspects différents
tels les instructions, les transmissions et bien d’autres choses.
Tous ces aspects doivent être maintenus secrets, non pas en
tant qu’instrument de pouvoir dont on voudrait garder le
monopole, mais  simplement parce que, s’ils sont mal
interprétés, cela peut nuire non seulement à l’enseignement
même et à ceux qui le pratiquent mais aussi et surtout à celui
qui s’aviserait de pratiquer des enseignements qu’il aurait mal
compris.

La vision pure

Nous percevons le monde extérieur par l’intermédiaire de
nos sens,  chacun d’eux étant associé à un domaine
d’application ou d’extension :  les formes pour la vision, les
odeurs pour 1′ odorat, etc. Cette perception s’opère dans un
mode duel en lequel il y a séparation entre un objet perçu, un
sujet qui perçoit, et Faction même de perception.

Dans le Vajrayana, on ne cherche pas à rejeter la
manifestation, mais on prend conscience du fait que le mode
de perception, et donc les phénomènes tels que nous les
percevons, sont illusoires. Sur la base de cette compréhension,
on va pouvoir transformer, c’est-à-dire purifier, la perception
que l’on a du monde extérieur, et par là-même des
phénomènes. Dans la conscience ou réalisation du caractère
illusoire de la manifestation, les formes vont être perçues non
plus en tant qu’apparences impures et illusoires mais comme
des manifestations du corps de la déité ; les sons vont être
reconnus comme étant la manifestation du mantra de la déité
les phénomènes mentaux vont être perçus en tant que
manifestation du jeu de la suprême connaissance de cette
déité ; le sujet qui perçoit est lui même identifié à la déité.
Ainsi, on transforme simultanément le champ d’expérience et
le sujet qui fait l’expérience  ; on opère une totale
transmutation du monde phénoménal tout entier.

Tantras et conduite

Comme partout, il existe différents types de pratiquants
du Vajrayana, aux facultés plus ou moins développées.
Certains individus ont des facultés de compréhension
extrêmement éveillées, aigües, comprennent instantanément
tous ces processus et sont aptes à les pratiquer d’une manière
presque spontanée. D’autres, c’est le cas de la majorité,
demandent à être mis en présence et familiarisés avec ces
procédés d’une manière plus progressive.
C’est la raison pour laquelle il existe  plusieurs classes de
Tantras, nommément : Kriya, Upa ( ou Carya), -Yoga, et
Anouttarayoga.,,Les Kriya , Upa et Yoga tantras correspondent
à ce que l’on appelle la classe des tantras dits « inférieurs », et
l’Anouttarayoga tantra correspond à la classe « supérieure ».
Mais il faut savoir que cette pratique de l’Anouttarayoga
tantra implique en fait le respect des préceptes des trois
autres classes de tantras et contient un condensé de
l’enseignement de ces trois classes, qui sont en fait différentes
maniéres d’aborder un même processus, une même réalité.
L’Anouttarayoga tantra lui-même se. subdivise en Maha, Anou
et Ati yoga considérés comme trois autres classes de tantras,
tout en  appartenant  à l’Anouttarayoga tantra.
Kriya et Uppa sont les yogas qui correspondent
respectivement à la purification, et à l’action ou conduite ;
Yoga est le tantra de l’union, et Anouttarayoga est le tantra
de l’union insurpassable.
Dans les tantras de la premiére catégorie, en particulier
dans le Kriya tantra, on va trouver de nombreuses régles
extérieures, concernant notamment la propreté du corps, les
vêtements, et la nourriture que l’on  absorbe. Un pratiquant
du Kriya tantra ne mange en principe pas de viande, ne
consomme pas d’alcool, s’abstient d’excitants dans la, nourriture
comme l’ail ou l’oignon. Il existe encore nombre de régles et
interdits en fonction des pratiques que l’on accomplit. Par
exemple, la pratique de Nyoung-né qui est trés connue
appartient au Kriya tantra. Chacun sait qu’elle s’accompagne
de préceptes et de restrictions quant à l’absorption de
nourriture, etc. Ce qui caractérise principalement la premiére
classe de tantra par rapport aux autres, c’est donc un grand
souci du détail extérieur, de la pureté des aliments, des
vêtements, du corps-

Bien entendu, lorsqu’on pratique le Vajrayana, on est
soumis aux mêmes restrictions que dans toute autre pratique
du Dharma, c’est-à-dire que l’on ne doit pas tuer, on doit
s’abstenir de voler, on doit observer une conduite éthique aussi
parfaite que possible. Cependant, dans certaines circonstances,
( pour ceux qui n’ont pas de voeux monastiques bien s˚r), il
n’est pas nécessaire dans le Vajrayana de s’abstenir de
relations sexuelles. Par contre, celles-ci sont soumises à des
règles extrêmement strictes. Par exemple, la femme est
considérée comme la manifestation, l’expression de la sagesse
primordiale, l’homme lui-même est considéré comme la
manifestation, l’expression de la mise en application de cette
sagesse au travers des moyens habiles – compassion et amour
bienveillant. L’acte sexuel en lui-même est considéré comme
l’union de la sagesse et des moyens qui produit la félicité. Il
doit en fait être perçu comme l’union de la vacuité et de la
félicité.
Lors de ces pratiques d’union, contrairement à ce qui se
passe dans le cas ordinaire, on opére une rétention de la
semence qui, au lieu d’être perdue dans les canaux naturels,
est réintégrée en tant que principe vital, « graine de lumiére »,
dans le canal médian et utilisée à des fins illuminatives.
Egalement, lors des rituels, on consacre un certain nombre
de substances destinées à être consommées, mais cette
absorption doit se faire d’une maniére particuliére. Par
exemple, l’alcool consacré doit être considéré comme le nectar
de suprême connaissance. S’il est consommé, il ne doit jamais
l’être de telle maniére que son absorption puisse provoquer un
obscurcissement des facultés ; en d’autres termes, on peut
boire du tsok tchang (le nectar consacré), mais on ne doit
surtout pas s’enivrer avec, c’est contraire aux engagements du
Vajrayana. Il ne s’agit pas de le boire par plaisir d’une
maniére profane mais bien de le considérer comme une
substance qui va développer en nous l’expérience et la
réalisation, et c’est la seule façon dont il faille absorber les
substances consacrées au cours des rituels. De la même faÁon,
on consommera de maniére pure la viande et autres
nourritures consacrées.

Les samayas des cinq familles

Idéalement, pour être apte à recevoir une initiation comme
Hévajra, Korlo Démtchok, Dordjé Pamo, il faudrait avoir
accompli les pratiques préliminaires communes et spéciales du
Vajrayana et, les ayant accomplies, être préparé à recevoir ces
initiations par des instructions. Lorsque l’on reÁoit une
initiation, on renouvelle les voeux de refuge et les voeux de
bodhisattva, puis  on prend un certain nombre de voeux
propres au Vajrayana en particulier les voeux des cinq familles
de Bouddhas.

Le samaya correspondant à Aksobhya (tib. Mikyeupa}, de
la famille Bouddha, consiste à ne jamais se séparer  du vajra
et de la cloche. Vajra et cloche représentent respectivement les
moyens habiles (compassion active) et la sagesse (réalisation
de la vacuité). Ni la sagesse, ni les moyens ne peuvent aller
indépendamment l’un de l’autre : il n’existe pas de sagesse
sans les moyens, il n’existe pas de moyens habiles sans la
sagesse. C’est ce que l’on appelle l’union indissoluble des
moyens et de la sagesse. On prend ainsi le voeu de toujours
garder en soi ces deux aspects indissociables des moyens
habiles-compassion et de  la sagesse-vacuité, c’est-à-dire
symboliquement « porter le vajra et la cloche ».

Le samaya correspondant à Ratnasambhava (tib. Rintchén
Djoung Né}, de la famille Ratna (joyau), est de toujours
pratiquer la générosité sous toutes ses formes, dont quatre
principales : la générosité matérielle qui consiste à donner
nourriture, vêtement, etc., aux nécessiteux ; le fait d’apporter
aide et assistance à ceux qui en ont besoin, par exemple les
malades ; le don de la protection aux êtres qui sont en
danger ; le don du Dharma qui consiste à apporter à ceux qui
ne les connaissent pas les moyens de se libérer du cycle des
existences.
Ainsi, celui qui reçoit une initiation du Vajrayana s’engage
à pratiquer en tous temps et circonstances ces quatre formes
de générosité, autant que possible. Lorsqu’on n’en a pas la
possibilité, on pratique en esprit ces formes de générosité à
travers les offrandes mentales et les souhaits que l’on fait
pour le bien de tous les êtres.
Le samaya principal associé à Amit‚bha (tib. Eupamé), de
la famille Péma (lotus), est de ne pas émettre la semence lors
des rapports sexuels. (Bien entendu, ceci ne concerne pas ceux
qui ont pris les voeux de chasteté, qu’ils soient laîcs ou
ordonnés).
Cela implique que l’on développe dans les rapports avec
son conjoint une attitude d’esprit qui soit pure. Cette qualité
des rapports différe de l’attitude profane qui nous fait
considérer le conjoint avec un attachement et une possessivité
excessifs, dans laquelle on saisit comme réelles et essentielles
l’apparence et les différentes manifestations évidentes du
conjoint, ce qui développe désir-attachement, que ce soit
vis-à-vis de l’apparence ou de l’acte d’union en lui-même.
En ce qui concerne la pratique juste dans l’optique du
voeu de la famille du lotus, les deux conjoints doivent être
considérés l’un comme l’aspect masculin de la déité et l’autre
comme sa « partenaire mystique », l’aspect féminin. Leur union
n’est pas un acte sexuel en soi, un acte purement destiné à
satisfaire un besoin ou un désir, mais c’est bien plutÙt
l’expression de l’union de la félicité et de la vacuité.  De la
même faÁon, l’apparence du conjoint n’est pas la simple beauté
physique pour faquelle on peut éprouver une attirance et un
attachement, mais elle est la perfection de la déité manifestée.
Ainsi, les relations entre les partenaires du Vajrayana sont
dépourvues d’attachement, et de ce fait sont dépourvues de
jalousie, d’orgueil et de ces moments de colére et de conflits
qui peuvent intervenir dans des relations profanes.

Le samaya associé à Amoghasiddhi (tib. Deun-yeu-
droup-pa) de la famille Karma consiste à mettre en action à
chaque fois que l’on peut tous les moyens possibles pour venir
en aide aux êtres.
Karma est un mot sanscrit qui signifie plusieurs choses à
la fois : l’action, les conséquences de l’action et les traces
laissées par cette action dans la conscience individuelle de
l’auteur. Ici, on fait référence au Karma en tant qu’action, et
plus particuliérement activité pure, c’est-à-dire tout un
ensemble d’actes que l’on accomplit afin de venir en aide a
tous les êtres.

Le samaya qui correspond à Vairocana (tib. Nam-par-
nang-dzé) de la famille vajra est de cultiver la bodhicitta
ultime, c’est-à-dire l’union de la compassion et de la sagesse
qui réalise la vacuité, à travers une contemplation non-duelle
du sujet et de l’objet.
Emotions et sagesses

En ce qui concerne le traitement des émotions
conflictuelles, l’attitude du Vajrayana est différente de celle
adoptée dans les autres véhicules en ce qu’il ne rejette pas les
émotions  mais les considère comme l’aliment du feu de la
suprême connaissance. Il est dit dans le Vajrayana :  » Si vous
avez du bois et entretenez un feu, plus vous mettez de bois,
plus le feu est grand ; de même, si vous possédez le feu de la
suprême connaissance et que vous y jetez le bois des émotions
conflictuelles, alors cette suprême connaissance va briller
d’autant plus fort. »

A chacun des Dhyani-bouddhas correspond une émotion
conflictuelle et une sagesse primordiale, ou suprême
connaissance. Celle-ci n’est autre que ce qui apparaît en tant
qu’émotion conflictuelle lorsque la réalité fondamentale est
perçue à travers le voile de la saisie égocentrique, dans un
mode de perception dualiste.
Ainsi, ce que nous percevons comme colére n’est autre que
la sagease-semblable-au-miroir, le domaine d’Aksobhya ;
l’orgueil libéré de la saisie dualiste n’est autre que la
sagesse-parfaitement-équanime de Ratnasambhava ; ce que
nous percevons comme désir est la sagesse-parfaitement-
discriminative d’Amit‚bha ; la jalousie est en essence la
sagesse-qui-accomplit-tout de Amoghasiddhi ; ce que nous
expérimentons comme l’ignorance est en fait la sagesse-
semblable-au-Dhannadatou de Vairocana.

Les quatorze voeux-racines

La pratique du Vajrayana implique le respect d’un grand
nombre de voeux et de préceptes, dont l’essentiel réside en les
quatorze voeux-racine, c’est-à-dire l’abandon de quatorze types
d’attitudes ou d’actes qui vont totalement à l’encontre des
engagements du Vajrayana, brisant ainsi le lien sacré
(samaya).
Premier voeu :
    S’abstenir de nuire au Vajracarya, « détenteur du vajra ».

Le Vajracarya est le lama qui nous a transmis loung,
ouang et tri, c’est-à-dire transmission orale des textes
autorisant leur étude et pratique (loung), initiation (ouang),
instructions et explications pour une pratique effective (tri).
Le Lama-vajracarya est considéré comme étant
l’essence-même des Trois Joyaux : son esprit est l’essence de
tous les Bouddhas, sa parole est l’essence de tous les
Dharmas, son corps est l’essence du Sangha.  Ainsi, sa
personne est particuliérement sacrée et vénérable, et y porter
atteinte en le tuant ou le blessant, chercher à lui nuire, le
tromper ou lui mentir sont des actes qui brisent complétement
le samaya du Vajrayana.

      Deuxiéme voeu :
            S’abstenir de rejeter les Enseignements

c’est-à-dire la parole du Tathagata, le Bouddha.
Cela signifie qu’il faut se garder de critiquer les
enseignements du Dharma d’une manière générale, et en
particulier ceux que l’on a reçus de son maître spirituel. Si
l’on a reçu par exemple des enseignements du Théravada et
que l’on considère que cette voie ne nous convient pas, on peut
très bien s’abstenir de la suivre, mais sans pour autant avoir
à la critiquer, la mépriser en disant :  » C’est une voie
inférieure, etc. » ; il en est de même pour les pratiques du
Mahayana, ou les enseignements de tel ou tel maître du
Vajrayana. On peut très bien décider de ne pas suivre tel ou
tel enseignement sans pour autant transgresser quoi que ce
soit ; par contre, on détruit le samaya du Vajrayana en
critiquant telle ou telle partie des enseignements.

  Troisiéme voeu :
       S’abstenir de nuire à ses fréres et soeurs de vajra,
                  ou de se brouiller avec eux.

Les frères et soeurs de vajra sont tous ceux qui pratiquent
le Vajrayana d’une façon générale, et en particuier ceux avec
lesquels on a reçu des initiations d’un même maître, ou bien
avec qui on s’est trouvé inclus dans le même mandala
initiatique, ayant reçu ensemble une même initiation ; ce sont
aussi les disciples du même maître que le nÙtre. Se brouiller
avec eux, laisser s’installer la rancoeur, la jalousie entre frères
et soeurs de vajra  brise le samaya du Vajrayana.

        Quatriéme voeu :
            S’abstenir de rejeter un seul être vivant.

Ce voeu concerne l’amour altruiste désintéressé, que l’on
est sensé développer envers tous les êtres sans exception. Si
l’on se détourne d’un être en se disant qu’on ne fera rien pour
l’aider même si on en a la possibilité, on rejette ainsi cette
qualité essentielle d’amour altruiste et de ce fait on brise le
samaya du Vajrayana.

        Cinquiéme voeu:
           Cultiver la vision pure des phénoménes.

Ce voeu concerne la base parfaitement pure des
phénomènes. Par exemple, l’union entre un homme et une
femme doit être perçue comme la base parfaitement pure de
tous les phénomènes, félicité qui est l’union de la compassion
et de la vacuité. Cette union n’est plus perçue en tant que
phénomène impur ordinaire, mais transmutée, perçue dans sa
dimension de pureté essentielle.

      Sixiéme voeu :
              S’abstenir de pratiquer l’intolérance.

Ce voeu concerne l’intolérance philosophique ou religieuse.
Il convient donc de s’abstenir de condamner, mépriser d’autres
courants du bouddhisme, ou d’autres religions et philosophies.
Cela n’exclut pas le débat et l’argumentation philosophique,
mais cela proscrit toutes formes d’intolérance et de fanatisme
caractérisées, qui dans tous les cas brisent le samaya.

   Septiéme voeu :
              S’abstenir d’enseigner le Vajrayana à ceux qui ne sont pas destinés à le recevoir.
Il s’agit de la nécessité d’enseigner à bon escient et avec
discernement. En effet, il y a des personnes dont le niveau de
compréhension n’est pas suffisant ou qui risqueraient de
déformer le sens des enseignements et leur mise en
application, d’autres dont le mode de vie et la façon d’être
sont incompatibles avec le Vajrayana. A ce type de personnes,
il ne convient pas d’enseigner le Vajrayana et d’en dévoiler les
pratiques ; il faut donc le garder secret vis-à-vis d’elles.
D’autres n’aspirent pas réellement aux enseignements du
Vajrayana, ou n’ont absolument aucune envie d’en entendre
parler ; il est  donc tout-à-fait exclu de les leur imposer.
Ainsi, exposer le Vajrayana à ces différents types d’individus
brise le samaya.

       Huitiéme voeu :
             Ne pas critiquer notre propre corps
            qui est de la nature des Bouddhas.

Ce voeux met en garde contre l’ascèse excessive : il ne
convient pas de soumettre son corps à des macérations. En
fait, le Vajrayana considère les cinq agrégats (constituants
psycho-physiques de l’individu) comme étant les cinq
Dhyani-bouddhas, les cinq émotions comme étant les cinq
suprêmes connaissances, les cinq éléments comme étant les
cinq aspects féminins… Dans l’optique du Vajrayana, le corps
est quelque chose de parfaitement pur, sacré ; il n’est pas
différent des dettes de méditation. Il ne convient donc pas de
faire subir à ce corps des outrages, des macérations excessives,
telles que l’affamer, le soumettre à la chaleur excessive du
soleil par exemple, le faire demeurer un pied levé pendant des
années, etc. Toutes ces formes d’ascèse, qui sont pratiquées
couramment dans d’autres voies religieuses, sont exclues du
Vajrayana. Bien entendu, il est tout-à-fait licite d’éprouver de
la faim et de la soif au cours d’une session de Nyoung-né, ceci
étant destiné à purifier les causes karmiques qui pourraient
nous faire renaître en tant qu’esprit avide ou dans les états
infernaux. Cependant, cette soif, cette faim que l’on éprouve
par exemple pendant le Nyoung-né n’ont rien de dangereux
pour le corps, ne mettent pas en péril son intégrité et ne
peuvent donc pas être assimilées à des macérations, à des
tortures que l’on s’inflige.

       Neuviéme voeu :
              Ne pas douter de la parfaite pureté
              de tous les dharmas (phénomènes).

Ce samaya fait référence à la réalité sous ses deux
aspects indissociables, le relatif et l’ultime. A ce sujet, il
convient d’éviter deux erreurs, ou points de vue extrêmes, que
sont le substantialisme (appelé aussi éternalisme) et le
nihilisme (ou tendance à la néantisation). Dans la première
tendance, en considérant la réalité relative comme existante en
soi, les phénomènes comme étant doués d’existence
intrinsèque, substantielle, on brise le samaya puisque les
phénomènes sont en réalité dépourvus d’existence propre,
étant de simples apparences dont la nature est vacuité. Dans
la tendance opposée, le samaya est également brisé, puisque
l’on nie l’existence relative des phénomènes pour n’affirmer
que leur vacuité, prétendant ainsi que rien n’existe.

La vue juste est de considérer les niveaux relatif et
ultime de la réalité – les apparences et la vacuité – dans leur
indissociabilité, comme étant parfaitement concomitants. Les
phénomènes sont à la fois apparents et vides’ ; le fait qu’ils
soient parfaitement vides de toute caractéristique et ‘substance
intrinsèque n’empêche pas qu’ils se manifestent dé manière
interdépendante et qu’ils soient perçus au niveau relatif. Le
neuvième samaya consiste donc à conserver cette vue juste,
libre des deux extrêmes de substantialisme et de nihilisme.

                    Dixiéme voeu :
     Ne pas manifester d’amour envers les êtres nuisibles.

Ce samaya est brisé si l’on hésite à utiliser des moyens
coercitifs dans le but de discipliner les êtres. De nombreuses
personnes sont parfaitement capables de comprendre les
enseignements, de les suivre, de discipliner leurs émotions
conflictuelles à travers l’utilisation des moyens paisibles
communs à la plupart des maîtres. Cependant, dans des cas
exceptionnels, afin de pouvoir briser chez certains êtres des
tendances récurrentes à des comportements particulièrement
négatifs, il est nécessaire de brusquer ceux-ci quelque peu !
Ainsi, l’emploi de tels moyens est non seulement justifié, mais
ne pas les utiliser alors que l’on est capable de le faire va à
l’encontre du samaya.
Comprenons bien ce que cela signifie : le comportement
de ces êtres particuliérement rebelles, obtus, à l’esprit opaque,
risque de les envoyer directement dans les états d’existence
inférieurs, voire infernaux ; par compassion pour eux, il est
donc parfois nécessaire de manifester une apparence qui
présente toutes les caractéristiques de la colére, voire même
un aspect qui les terrorise de maniére à les dominer et les
ayant ainsi subjugués leur permettre de transformer leurs
tendances profondes. C’est la raison pour laquelle il existe des
aspects dits courroucés, comme Mahakala par exemple.

             Onziéme voeu :
    Ne pas conceptualiser les dharmas dépourvus de nom.

Ce voeu consiste à préserver la conscience de l’union
indissociable des deux réalités. Le samaya est brisé si l’on
s’attache à la vérité relative sans considérer en même temps
sa dimension de vacuité inhérente, car il n’y a pas
d’apparences qui ne soient en même temps vacuité. D’autre
part, rechercher la vacuité en-dehors de la réalité relative va
aussi à l’encontre de ce samaya, puisqu’il n’existe pas de
vacuité en-dehors des apparences même. Ceci constitue un réel
danger dans la mesure où tout le monde veut réaliser la
vacuité, mais beaucoup de personnes qui s’engagent dans cette
recherche s’assoient sur un coussin et essayent de fuir la
réalité relative en pensant que la vacuité est quelque chose
d’autre, approche erronée qui brise le samaya.
            Douziéme voeu :
            Ne pas détourner les êtres de leur foi.

Ce douziéme samaya est brisé lorsqu’on essaie par jalousie
ou pour tout autre motif de décourager autrui en disant :
« Oh, cela n’est pas une pratique pour toi, tu devrais
abandonner, tu ne pourras pas aller jusqu’au bout. » A chaque
fois que l’on essaie de détourner quelqu’un d’une pratique
positive du Dharma, on brise ce samaya.

                          Treiziéme voeu :
                Ne jamais refuser de consommer
     les objets du lien sacré essentiel (substances d’offrandes).

Dans le Vajrayana, on ne s’attache pas aux notions de
pur ou d’impur, de caste inférieure ou supérieure, etc. Lorsque
sont présentées les offrandes consacrées du Vajrayana, il
convient d’en avoir une vision pure, que ce soit une nourriture
considérée comme pure ou non dans une autre tradition (du
porc par exemple). Qu’il s’agisse de telle ou telle nourriture n’a
plus aucune importance car c’est ici une substance consacrée
parfaitement pure, le nectar de suprême connaissance.
On brise ce treizième samaya en développant des doutes
quant à la pureté de ces substances consacrées au cours des
rituels. Par exemple, il est des périodes annuelles ou
mensuelles durant lesquelles on doit s’abstenir de consommer
viande ou alcool. Que soient pendant ces périodes effectués
des rituels, conférées des initiations, ou bien que, quelle que
soit la période, l’on ait soi-même pris le voeu de ne pas
manger de viande ni de boire d’alcool, dans les deux cas il
peut arriver que l’on conÁoive des doutes et que l’on refuse de
consommer les offrandes rituelles telles la viande ou l’alcool.
Emettre des doutes quant aux substances consacrées qui sont
en fait nectar de suprême connaissance, refuser de les prendre
au cours d’une initiation ou d’un rituel brise le treiziéme voeu
du Vajrayana.
Ainsi, même pendant les périodes dites d’abstinence, au
cours des festins d’offrandes on va prendre de quoi se
satisfaire raisonnablement en pensant que ce que l’on absorbe
va servir à développer les qualités spirituelles, l’expérience et
la réalisation. Concrétement, quand est présenté le kapala de
nectar, si l’on est moine, on trempe un doigt dans l’alcool
consacré et on se mouille simplement la langue. Si l’on est
laîc, il ne convient pas toutefois de s’enivrer avec le dutsi
(alcool consacré). Rinpoché dit que c’est une chose qu’il a
malheureusement constatée en Occident : lorsqu’est effectué
un rituel, les gens vont acheter une quantité de bouteilles
d’alcool qui vont être consacrées, puis ils vont boire jusqu’à
l’inconscience… évidemment ce n’est pas du tout l’esprit du
Vajrayana !
           Quatorziéme voeu :
                Ne pas mépriser les femmes,
             qui sont de la nature de la sagesse.

Ce dernier voeu-racine implique que l’on ne méprisera pas
les femmes, qu’on ne les traitera pas comme une race
inférieure, qu’on ne les considérera pas comme des êtres
inaptes à la réalisation, qu’on ne les maintiendra pas dans
une basse condition, etc.
Dans le Théravada, et en particulier au niveau des voeux
de discipline extérieure, on établit une différence entre les
hommes et les femmes. Les moines sont traditionnellement
assis sur des siéges plus élevés que ceux des nonnes, celles-ci
venant aprés dans l’ordre de préséance. Egalement, les
guélongmas (bikshunis) ont plus de voeux à respecter que les
hommes (guélongs), dans la mesure où l’on considére que leur
esprit est plus difficile à discipliner.
Dans le Mahayana, ces différences s’effacent et l’on ne
fait pas de distinction véritable entre les bodhisattvas
masculins ou féminins ; ainsi le Mahayanaest plutÙt
égalitaire.
Dans le Vajrayana, la femme est la manifestation de la
suprême connaissance, elle est la manifestation de l’aspect
féminin de la déité, l’instrument par lequel on accomplit
l’union félicité-vacuité. Par là-même, sa personne est sacrée,
parfaitement respectable et en aucun cas inférieure à celle de
l’homme. Ainsi, dans le Vajrayana, non seulement on ne fait
pas de distinction, mais on affirme l’absence totale de
différence entre les hommes et les femmes, on met réellement
les femmes sur un pied de totale égalité parce qu’elles sont
l’instrument par lequel on parvient à la réalisation ultime.
A ce sujet, il existe des pratiques d’union où l’on
développe les quatre différents niveaux de la félicité. Si l’on
est laîc, elles doivent être accomplies avec une partenaire
réelle ; si l’on est moine, c’est alors la partenaire intérieure
qui est évoquée. Ces pratiques correspondent à l’utilisation de
l’énergie qui est ordinairement perdue  dans la relation
sexuelle. Cette énergie maîtrisée va remonter le long du canal
médian puis redescendre en irrigant successivement chacun
des niveaux du corps subtil. Non seulement ces processus
maîtrisés induisent une expérience de joie, mais ils aménent
aussi à l’expérience de l’union de la félicité et de la vacuité, de
nature parfaitement illuminative. De telles pratiques
permettent à ceux qui les ménent à bien de parvenir à la
réalisation de Dordjé Tchang.

 

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